Pension de réversion : un droit qui ne vient jamais tout seul

La pension de réversion n’est pas automatique. C’est une part de la retraite du conjoint décédé — 54 % de sa retraite de base, 60 % de sa complémentaire Agirc-Arrco, 50 % de sa pension de fonctionnaire — versée au conjoint ou ex-conjoint marié, à condition d’en faire la demande. Si vous ne demandez rien, vous ne touchez rien, et au-delà de douze mois après le décès, les arrérages sont perdus.

Notre parti pris : trois régimes qui portent le même nom, et une logique inversée

Tout le monde parle de « la » pension de réversion. Elle n’existe pas. Il en existe trois principales, aux règles si différentes qu’elles se contredisent — et l’asymétrie est rarement dite :

Le seul régime soumis à condition de ressources est celui des retraites les plus modestes. La réversion de base du régime général (salariés du privé, indépendants) est plafonnée par vos propres revenus : au-delà de 25 001,60 € bruts par an pour une personne seule en 2026, elle est rabotée euro pour euro. La réversion Agirc-Arrco (les cadres et salariés du privé, la part souvent la plus grosse) et celle de la fonction publique, elles, sont versées sans aucune condition de ressources. Autrement dit : la veuve d’un cadre supérieur touche l’intégralité de sa réversion complémentaire quel que soit son salaire ; la veuve d’un ouvrier qui continue de travailler peut voir sa réversion de base fondre. Ce n’est pas une opinion, c’est la mécanique des textes — et elle doit orienter vos décisions (travail, remariage, calendrier de demande).

Deuxième asymétrie : le remariage. Il est sans effet sur la réversion de base, il supprime définitivement la réversion Agirc-Arrco, et il suspend celle de la fonction publique (avec rétablissement possible si la nouvelle union cesse). Se remarier peut donc coûter, à vie, la plus grosse part de la réversion — personne ne vous le dira à la mairie.

Le tableau que les sites officiels ne montrent jamais côte à côte

Règle (2026)Régime général (Cnav, MSA, indépendants)Agirc-Arrco (complémentaire privé)Fonction publique (pension civile/militaire)
Taux de réversion54 % de la retraite de base60 % des droits complémentaires50 % de la pension
Âge minimum55 ans55 ans (aucun si 2 enfants à charge au décès, ou invalidité)Aucun
Condition de ressourcesOui : 25 001,60 €/an (seul), 40 002,56 €/an (couple)AucuneAucune
Mariage exigéOui (PACS et concubinage exclus)Oui (idem)Oui (idem)
Durée de mariage minimaleAucuneAucune4 ans, ou 2 ans avant la retraite, ou un enfant issu du mariage, ou mariage antérieur à l’événement à l’origine d’une retraite pour invalidité
Effet du remariageSans effetSuppression définitiveSuspension (rétablissement possible) ; concubinage et PACS suspendent aussi
Ex-conjoint divorcéOui, partage au prorata de la durée des mariagesOui, s’il n’est pas remariéOui, sous conditions
Montant plancher334,92 €/mois (4 019,13 €/an) si le défunt totalisait au moins 15 ans au régime général

Sources : Service-Public (F13104, vérifiée au 01/01/2026), agirc-arrco.fr, retraitesdeletat.gouv.fr — consultées le 26/07/2026.

À retenir : la plupart des salariés du privé relèvent des deux premières colonnes à la fois. Une même veuve peut donc voir une moitié de sa réversion plafonnée par ses ressources et l’autre pas.

L’idée reçue à démonter : « c’est automatique, la caisse sait que mon mari est décédé »

La caisse le sait, en général, oui. Elle ne verse rien pour autant. La réversion s’obtient sur demande — une seule demande en ligne via le service « Demander ma réversion » d’Info-Retraite vaut désormais pour tous les régimes. Et le non-recours n’est pas marginal : l’Assurance retraite estimait fin 2021 un taux de non-recours persistant de 7,9 à 9,5 % des ayants droit, au point d’avoir lancé en 2023 une campagne de rattrapage téléphonique, généralisée ensuite à toutes les caisses. Dans l’enquête menée à cette occasion, 38 % des non-recourants invoquaient la méconnaissance du droit et 32 % son incompréhension.

La règle qui rend ce non-recours coûteux : la rétroactivité est bornée à douze mois. Demandée dans l’année qui suit le décès, la réversion du régime général prend effet au premier jour du mois suivant le décès. Demandée plus tard, elle ne part que du mois suivant la demande — les mois écoulés sont définitivement perdus. Pour une réversion moyenne, chaque année d’attente se chiffre en milliers d’euros.

Autre demi-vérité à corriger : « mes revenus me privent de la réversion ». D’abord, seule la part régime général est concernée. Ensuite, en cas de dépassement du plafond, la réversion n’est pas supprimée mais réduite à due concurrence (mécanisme différentiel). Enfin, à partir de 55 ans, vos revenus d’activité sont retenus après un abattement de 30 % : travailler ampute moins qu’on ne le croit.

Le cadre de décision : qui doit faire quoi, et quand

Vous avez moins de 55 ans

Vous avez 55 ans ou plus

Déposez la demande unique sur info-retraite.fr dans les douze mois du décès, même si vous pensez dépasser le plafond de ressources : l’Agirc-Arrco n’a pas de plafond, et la part base sera simplement réduite, pas forcément à zéro. Le silence de la caisse pendant plus de 4 mois vaut refus — relancez avant.

Vous envisagez de vous remarier (ou de vous pacser, ou d’emménager en couple)

Chiffrez avant de décider. Le remariage supprime définitivement la réversion Agirc-Arrco — souvent la part la plus élevée pour un défunt cadre. Côté fonction publique, remariage, PACS et concubinage suspendent la pension. Seule la réversion de base du régime général survit à un remariage — en sachant que vos ressources s’apprécient alors au niveau du nouveau ménage, avec le plafond couple (40 002,56 €/an en 2026). Une réversion Agirc-Arrco de 500 €/mois abandonnée à 60 ans, c’est un manque à gagner potentiel de plus de 150 000 € sur trente ans.

Vous êtes divorcé(e) du défunt

Vous avez des droits, même remarié(e) de son vivant dans certains cas du régime général — c’est le point le plus ignoré. La réversion de base se partage entre veuf/veuve et ex-conjoints au prorata de la durée de chaque mariage. À l’Agirc-Arrco, l’ex-conjoint divorcé y a droit s’il n’est pas remarié. Ne présumez pas que « la nouvelle épouse prend tout » : demandez.

Trois cas chiffrés (barèmes 2026)

Martine, 58 ans, salariée, veuve d’un salarié du privé

Salaire brut 24 000 €/an. Retraites du défunt : 1 200 €/mois (base), 800 €/mois (Agirc-Arrco).

Sylvie, 62 ans, divorcée non remariée après 20 ans de mariage

Son ex-mari, remarié 10 ans avec sa seconde épouse, décède. Retraites : 1 500 € (base), 1 000 € (Agirc-Arrco).

Paul, 50 ans, veuf d’une professeure des écoles, un enfant du mariage

Pension que percevait (ou aurait perçue) la défunte : 2 000 €/mois.

Les démarches, concrètement

  1. Une seule demande en ligne sur info-retraite.fr (« Demander ma réversion »), valable pour tous les régimes du défunt. Papier possible auprès de chaque caisse.
  2. Pièces : acte de décès, acte de mariage/livret de famille, justificatifs de ressources (régime général), RIB, jugement de divorce le cas échéant.
  3. Calendrier : la date d’effet est toujours un premier jour de mois ; dans les douze mois du décès, effet rétroactif au mois suivant le décès.
  4. Après attribution (régime général) : le montant peut être révisé si vos ressources changent, puis devient définitif (« cristallisé ») trois mois après le point de départ de l’ensemble de vos retraites personnelles, ou à l’âge légal si vous ne pouvez pas prétendre à une retraite.
  5. Ne pas confondre avec le capital décès de la Sécurité sociale (4 009 € depuis le 1er avril 2026 pour un salarié — ameli.fr ; versement unique, sur demande également, délai d’un mois pour les bénéficiaires prioritaires) ni avec un éventuel capital de prévoyance d’entreprise.

Questions fréquentes

Qui a droit à la pension de réversion ?

Le conjoint survivant marié et les ex-conjoints divorcés du défunt, sous conditions propres à chaque régime (âge, ressources, durée de mariage). Les partenaires de PACS et les concubins n'y ont droit dans aucun régime, quelle que soit la durée de vie commune.

Quel est le montant de la pension de réversion ?

54 % de la retraite de base du défunt (régime général), 60 % de sa retraite complémentaire Agirc-Arrco, 50 % de sa pension de fonctionnaire. Au régime général, minimum 334,92 €/mois en 2026 si le défunt comptait au moins 15 ans de cotisations, et réduction possible selon vos ressources.

La pension de réversion est-elle automatique ?

Non. Elle doit être demandée, et la rétroactivité est limitée à douze mois après le décès.

Peut-on cumuler la réversion avec sa propre retraite ?

Oui. Sans aucune limite pour l'Agirc-Arrco et la fonction publique ; au régime général, le cumul est possible tant que le total de vos ressources (dont vos retraites personnelles) reste sous le plafond, la réversion étant réduite au-delà.

Peut-on toucher la réversion en travaillant ?

Oui. Seule la part régime général est soumise au plafond de ressources, et vos revenus d'activité sont comptés après un abattement de 30 % à partir de 55 ans.

Le remariage fait-il perdre la réversion ?

Régime général : non. Agirc-Arrco : oui, définitivement. Fonction publique : suspension (remariage, PACS ou concubinage), avec rétablissement possible.

Dans quel délai la demander ?

Idéalement dans les douze mois du décès pour ne perdre aucun arrérage. Une absence de réponse de la caisse pendant plus de quatre mois vaut rejet implicite.

→ La prévoyance décès, c’est quoi ?

Sources : Service-Public.gouv.fr (fiche F13104, pension de réversion du régime général, vérifiée au 01/01/2026) ; Agirc-Arrco — la pension de réversion ; Service des Retraites de l’État — la veuve, le veuf et les ex-conjoints ; L’Assurance retraite (statistiques & recherche) — lutte contre le non-recours à la réversion et estimation du non-recours (Cnav) ; Info-Retraite — service « Demander ma réversion » ; Code de la sécurité sociale, art. R353-1 à R353-14. Sources consultées le 26/07/2026.